Je suis propriétaire d’une maison de village traditionnelle, comme c’est peut-être aussi votre cas. La mienne est faite de murs épais, en briques et en pierres calcaires. Une extension en parpaings y a été adossée dans les années 70, pour y aménager une cuisine, une salle de bain et une buanderie (à croire qu’on s’en passait, auparavant). Depuis lors, plus rien n’a été fait. Elle n’est pas isolée, n’est pas équipée du chauffage central, c’est tout juste si elle a l’électricité.

Autant dire qu’au sens de la PEB (l’équivalent belge du DPE français), mon habitation est la pire des passoires énergétiques, et que si je n’améliore pas nettement son classement en entreprenant de la rénover lourdement d’ici quatre ou cinq ans, je m’exposerai à de sévères amendes, comme le prévoient tant le plan « Air-Climat-Energie » pour les propriétaires en Wallonie, que la loi « Climat et Résilience » pour les bailleurs, en France.
Nos deux pays ambitionnent de rendre totalement neutres en carbone leurs parcs immobiliers respectifs endéans 25 ans. Pour ce faire, ils proposent des mesures incitatives aux citoyens enclins à rénover leur bien, et en imposent de plus contraignantes aux autres. Ils semblent ainsi dénier aux entreprises du secteur du bâtiment la part considérable de responsabilité qui leur incombe dans l’émission des gaz à effets de serre à l’échelle de la planète.
Certaines d’entre elles ont cru trouver la parade : elles professent désormais que leurs produits ou leurs services seraient écologiques, ce qui est évidemment faux : sauf à œuvrer concrètement à sa préservation, il est effectivement impossible pour l’Homme d’exercer une activité qui ait un quelconque impact positif sur l’environnement. C’est à plus forte raison le cas du modèle de l’entreprise, et de celles du secteur du bâtiment, en particulier.
Même en ne recourant qu’aux matériaux d’origine naturelle et de réemploi, ni la construction, ni la rénovation dites « écologiques » ne constituent une posture pertinente reproductible en ce qu’elles ne répondent pas aux enjeux de sobriété actuels. Les mesures les plus favorables que nous puissions prendre pour l’environnement consistent plutôt à cesser de surconsommer, et à anticiper une raréfaction des ressources de plus en plus inéluctable.
C’est en partant de ce postulat que j’ai décidé il y a un an de me lancer dans la rénovation la moins nuisible, ou la plus écologique possible de la maison dans laquelle je réside. Durant cette première année, j’ai essentiellement observé, réfléchi, rêvé, dessiné, pisté des solutions que j’ai systématiquement remises en question. Au travers de cet article, je vous propose de vous livrer le fruit de ces 12 premiers mois de réflexion. Bonne dégustation.

Mes 10 principes pour une rénovation plus écologique :
1. Auto-rénover, seul, ou en se faisant accompagner.
Ne recourir qu’à nos propres moyens pour parvenir à nos fins est le plus puissant des gages de sobriété. En nous défaisant du réflexe de sous-traiter la réalisation de travaux lorsque nous croyons qu’ils ne sont pas à notre portée, nous nous mettons tout simplement hors d’état de nuire plus gravement à l’environnement.
2. Ne pas se lancer tête baissée.
L’observation est la première étape dans le processus de conception de solutions efficaces, adaptées à chaque situation, et capables de remplir plusieurs fonctions à la fois plutôt qu’une seule. C’est également un principe de base de la permaculture.


Ouvrir une baie dans un mur porteur requiert un permis d’urbanisme, et peut s’avérer délicat. C’est plus simple lorsqu’on s’aperçoit que cette baie existe déjà.
3. Se remettre constamment en question.
Les premières solutions identifiées impliquent souvent la mise en œuvre de travaux conséquents. Il convient alors de se questionner : « Répondent-elles à un besoin, ou plutôt à une envie ? », « Telle situation me pose-t-elle vraiment un problème, ou me cause-t-elle plutôt un désagrément ? », « Puis-je simplifier mon projet, en bannir le superflu, revoir mes ambitions à la baisse ? » … Et le cas échéant, repartir du point 2.


4. Faire fi de l’esthétique.
Nos goûts sont fortement influencés par des facteurs sociaux et culturels. Ils nous servent avant tout à nous positionner relativement aux autres au sein de la société hiérarchisée. Faire de la recherche de l’esthétique un critère fondamental de qualité architecturale est totalement hors de propos au regard des enjeux environnementaux actuels. En recouvrant notre autonomie, nous éprouvons par contre la satisfaction de parvenir à fabriquer des choses utiles de nos propres mains. C’est une autre forme de beauté qui s’en exhale, donc, en guise de consolation.
5. Limiter drastiquement le recours aux démolitions (quelles qu’elles soient).
Ne nous montrons pas aussi bornés que les générations qui nous ont précédé. Réapprenons par contre à accorder de la valeur au travail fourni par les ouvriers et les artisans du passé, et à ne pas gaspiller le fruit de leurs efforts, malgré leurs erreurs. Certes, le bâti ancien a été malmené, et il demande des soins. Ce qu’il ne demande pas, c’est que nous enfouissions davantage de déchets dans un sol qui en est déjà saturé, et encore moins que nous les fassions partir en fumée. « Assainir l’habitat » perd de son sens si cela implique d’asphyxier la Nature qui nous entoure.
6. Limiter drastiquement l’achat de matériaux/riels neufs (même d’origine naturelle).
En adhérant aveuglément à la société de consommation, nous avons perdu toute notion de ce qu’implique fondamentalement de produire, c’est-à-dire : extraire des matières premières et les transformer ; c’est à dire, inévitablement : détruire et polluer. Ce faisant, décider d’acheter du matériel neuf n’est plus ce qu’il était autrefois : le fruit d’une réflexion, c’est quasiment devenu un réflexe naturel. Puisque nos gouvernements nous enjoignent à atténuer les conséquences du réchauffement climatique, il faut nous rendre à une évidence : le moyen le plus efficace d’y parvenir, c’est d’infliger un manque à gagner aux industriels qui l’ont généré.

7. Maximiser le réemploi de matériaux/riels déjà présents, ou disponibles facilement.
Le réemploi est la logique de sobriété absolue, d’une part parce qu’elle mobilise ce qui a déjà été consommé ; de l’autre, parce que se procurer des matériaux/riels sur le marché de la seconde main n’implique tout au plus que de faire passer de l’argent de main en main, de particulier à particulier, au terme d’une négociation de laquelle chacun sort généralement gagnant. C’est donc vers cette logique qu’il nous faut tendre, à la condition toutefois que le jeu de démonter ou de déplacer des éléments existants en vaille vraiment la chandelle. Le réemploi perd effectivement de son sens s’il consiste, par exemple, en schématisant, à démonter un bâtiment entier pour le reconstruire à l’identique au même endroit (mieux vaudrait dans ce cas le rénover), ou si se procurer des matériaux de réemploi implique de parcourir une distance telle qu’on polluerait nettement moins en en achetant de fraîchement produits, au magasin le plus proche.


Auto-construire cette chambre de visite à partir d’un maximum de matériaux de récupération a permis de réduire de 50% les émissions de CO2, d’économiser 70% sur le prix d’achat du matériel, et de n’en reverser que 14% dans les poches des industriels.
8. En dernier recours, acheter localement, idéalement auprès d’entreprises de l’économie sociale.
Les entreprises de formation par le travail et autres associations sans but lucratif proposent des produits et des services de toute aussi bonne qualité que ne le font les entreprises privées. Elles ont surtout l’immense avantage de ne pas valoriser le capital détenu par des patrons, des actionnaires ou des banques, qui se préoccupent davantage de leur profits que de la santé de la planète et de ses habitants.
9. Se fier aux low-tech éprouvées.
Les apports solaires passifs, la ventilation naturelle, le réemploi, les toilettes sèches, le compostage, la pédo-épuration, l’isolation en ballots de paille ou par couches de textiles amovibles, le slow-heating, … nous sont vendues une à une comme des innovations de nos jours, mais existent sous une forme ou sous une autre depuis des temps immémoriaux, gage de leur efficacité. Ces techniques ont un impact environnemental d’autant plus faible qu’elles sont faciles à mettre en pratique.
10. Limiter sa dépendance, clarifier ses besoins.
J’en reviens, pour finir, à la passoire thermique qui m’amenait à vous écrire. Croyez-le ou non, mais elle ne m’occasionne de consommer tout au plus qu’une centaine de kWh/m².an, ce qui équivaut à un classement B, si on se fie à notre consommation réelle convertie en énergie primaire (nous sommes trois). Elle a pourtant obtenu un classement G sur base de sa consommation théorique dans le cadre de sa certification PEB.

Je cuisine et produis mon eau chaude sanitaire à l’électricité, et je me chauffe au bois, mais je n’ai encore ni entamé les travaux d’isolation des pièces que je chauffe effectivement, ni optimisé mes moyens de cuisson et de produire l’eau chaude. Il est donc parfaitement possible de limiter l’empreinte environnementale de son logement sans engager des travaux lourds, coûteux, et polluants, et ce, tout simplement en s’autorégulant, gratuitement. A ma connaissance, seule la région Bruxelloise octroie des dérogations aux propriétaires de logements dans pareils cas… De quoi nous décider à démonter nos maisons de village pour aller les y reconstruire là-bas ?