A l’image de leurs élites politiques, économiques et médiatiques, nos sociétés toutes entières semblent inlassablement s’affliger lorsqu’elles en dressent le constat : ce sont Les Activités Humaines™ qui nuisent à la Planète et à ses habitants1.
Elles se refusent pour autant à en arrêter la liste (noire), même la plus lacunaire, et incitent ainsi les citoyens désireux de s’auto-réguler à ne recourir, pour ce faire, qu’à de petits gestes inoffensifs (ou à de plus grands, carrément contre-productifs2).
Cette culture du mystère nous plonge dans un sentiment d’impuissance généralisé qui nous conforte d’autant plus dans l’inaction qu’aux yeux de certains, il serait vain de lutter contre notre prétendue nature humaine fondamentalement destructrice.
Il y a effectivement fort à parier qu’une majorité d’entre nous préférerait continuer à brûler la chandelle par les deux bouts —Ô summum de la distinction— plutôt que de vivre comme des paysans du Tiers-Monde (et une majorité d’entre eux les premiers)3.
Mais tôt ou tard, nous n’aurons plus le choix. Le système économique dominant —le Capitalisme—, fondé sur la volonté de croître et de s’enrichir indéfiniment, est forcément voué à s’effondrer, sur une planète dont les limites seront dépassées.
Il entraînera dans sa chute ceux qui croient que le développement pourrait se révéler durable, et qui ne réalisent pas que l’emploi de ce qualificatif souligne surtout l’intention de faire jouer coûte-que-coûte les prolongations à un système moribond.
Comment expliquer sinon que, de nos jours, dans nos pays dits démocratiques, on en vienne à criminaliser l’action de simples militants, de syndicalistes, d’écologistes et/ou encore de soutiens légitimes de la cause palestinienne4 ?
Il apparaît clairement, à la lecture d’une actualité mondiale assimilable à celle d’un roman dystopique, qu’une alliance plus qu’objective se noue entre ce pouvoir, néolibéral, autoritaire, et l’extrême-droite antisociale, climatosceptique et raciste.
Le Capitalisme vert a tombé les masques, il s’est enfermé dans le poste de pilotage d’une transition qu’il entend finalement opérer vers le techno-fascisme, carburant aux énergies fossiles et filant à toute vitesse comme un avion réactionnaire.
Mais cette phase psychotique ne rendra pas sa fin moins inéluctable. Alors, pour avoir accepté de jouer le jeu jusqu’au bout et en conscience, une partie des humains, qu’aucune IA ne pourra plus secourir, connaîtra la déchéance, la dégringolade.
Pour les autres, par contre, la rupture s’avérera peut-être plus douce : soit parce qu’ils auront accumulé les moyens nécessaires à poursuivre leur train de vie en autonomie ; soit parce qu’ils vivront sobrement, et l’auront plus ou moins choisi.
Une nouvelle ère d’inconnues, teintée de violence et de solidarité —ou autrement dit d’Humanité—, pourra alors s’ouvrir… puis se refermer lorsque les températures du globe avoisineront 471 degrés (Fahrenheit), et enflammeront ce petit bout de papier.
Bibliographie de cet article :
- En ce qu’elles peuvent être abrutissantes, nocives, destructrices et polluantes ; que, plus ou moins directement, elles engendrent de la maltraitance, des suicides, des meurtres, des guerres voire des génocides, et j’en passe. ↩︎
- Massifier l’effort de rénovation des bâtiments pour atteindre la neutralité carbone d’ici 25 ans en fait partie, voir l’article où je développe davantage cette réflexion, et intitulé Fin des primes à la rénovation en Wallonie : on va un peu se calmer ? atelier sb|dz – architecture raisonnée URL : https://ateliersbdz.be/2025/03/27/fin-des-primes-a-la-renovation-en-wallonie-on-va-un-peu-se-calmer/ (Consulté le 18 juin 2025) ↩︎
- Il faudrait 6 planètes Terre à un Belge moyen (appelons-le Geert) pour lui permettre de maintenir son train de vie. En moyenne, seuls les habitants d’Afrique centrale, d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, ainsi que d’Asie du Sud (soit un tiers de la population mondiale) ont une empreinte écologique soutenable, voir Global Footprint Network URL : https://data.footprintnetwork.org/#/ (Consulté le 18 juin 2025) ↩︎
- Sur ce que Gaza, et plus globalement la colonisation de la Palestine dit de la crise du Capitalisme hégémonique, voir notamment jean-politik. 2025, 9 mai. En soutien à Anasse Kazib : Frédéric Lordon sur Gaza, la Palestine, le racisme, la répression…. [Vidéo] YouTube : https://youtu.be/yDoJTQKv_8s?si=VXnIT_p9J7JgZws_ (Consulté le 18 juin 2025) ↩︎