Vertueuse paresse constructive

Published by

on

– Il y a un autre point sur lequel je voulais revenir, c’est la motivation. Là, on oblige les gens à faire des travaux. Or, c’est ce qu’ils disaient : on ne peut pas obliger les gens !
(Haussement d’épaules)
– Comment est-ce qu’on crée la motivation alors ? Il y a la motivation du budget, liée à l’énergie, … ?
– Oui ! Alors on crée des effets d’aubaine.
– On crée des effets d’aubaine, pour compenser ces augmentations d’énergie… Mais je pense qu’il faut expliquer aux gens. Et c’est parce qu’ils comprendront aussi les travaux, le fonctionnement de leur maison, qu’ils pourront… s’approprier… 
– Oui !
– … et devenirs acteurs, et responsables de l’évolution de leur habitat, et…
– Absolument !
– … pour qu’il soit beaucoup plus adapté à la disponibilité énergétique, et à l’évolution du climat, tout en ayant un maximum de confort (Fin de l’extrait1).

Créer la motivation. Ça ne vous rappelle rien ? Moi hélas, bien. Créer le désir, n’est-ce pas l’ambition première de toute bonne campagne de marketing ? En l’occurrence, ces bribes de conversation sont issues d’un des contenus sponsorisés qui apparaissent sur l’écran de mon smartphone comme par magie, et comme je l’imagine, sur pas mal des vôtres, aussi.

Vous l’aurez compris, au travers de cet article, je vais vous parler de publicité. Non pas pour en incriminer le principe : des campagnes d’appels aux dons, par exemple, y ont régulièrement recours2. Je tâcherai plutôt de détricoter les éléments de langage employés par les opérateurs qui tiennent le haut du pavé de la construction écologique, en les resituant dans leur contexte.

Quant à l’obligation, bien réelle, de rénover

Les directives européennes ont percolé jusqu’au cœur des Ministères de l’Ecologie des États membres : la rénovation de l’ensemble du parc immobilier est officiellement devenue une obligation légale en 2025. Un échéancier des performances énergétiques requises pour les bâtiments a été édicté et, malgré que nous n’en connaissions pas la nature dans tous les cas, des sanctions devraient logiquement s’appliquer aux propriétaires qui ne s’y conforment pas3.

… Et quant à sa prétendue nécessité

L’objectif de cette politique est d’atteindre la neutralité carbone dans le secteur du bâtiment d’ici 2050, et faire face au défi du réchauffement climatique. Mais comment espère-t-on réduire nos émissions de CO2 si on intensifie encore l’activité de nos secteurs les plus polluants ? Les quantités de gaz à effet de serre émises par les entreprises de la construction au sens large égalent actuellement celles du chauffage résidentiel. Massifier l’effort de rénovation du parc immobilier européen sans avoir préalablement décarboné la chaîne de production qui doit y pourvoir ne servira à rien, sinon à enrichir lesdites entreprises, et leurs actionnaires4.

Quant à la dépolitisation des enjeux écologiques

Bon nombre d’entreprises professent que leurs produits ou leurs services sont écologiques. Or, sauf à lutter contre les dépôts sauvages, à favoriser l’expansion de la faune et de la flore, ou à travailler concrètement à sa préservation, il est impossible pour l’Homme d’exercer une activité qui ait un quelconque impact positif sur l’environnement. Nous puisons davantage d’énergie dans la Nature qu’Elle n’est capable d’en reconstituer. C’est à plus forte raison le cas du modèle de l’entreprise, et de celles du secteur de la construction en particulier. Seules certaines productions, le plus souvent artisanales, peuvent tout au plus se revendiquer écoresponsables, durables ou soutenables, selon qu’elles tâchent de minimiser leur impact environnemental ou qu’elles s’astreignent à garantir aux générations futures la couverture de leurs besoins.

Nous l’avons vu, la notion-même d’écologie a été dévoyée, complètement retroussée, autant qu’une vulgaire chaussette peut l’être, pour servir les intérêts d’une classe capitaliste qui, par nature, détruit la Planète. L’écologie est devenue punitive, elle hiérarchise et discrimine aujourd’hui des automobilistes empêchés de rallier les centres-villes : elle pénalisera demain des petits propriétaires au motif que leur logement ne serait plus assez performant. Le greenwashing à l’oeuvre et ses néologismes tous de vert vêtus sont puissants, ils nous ôtent la capacité de pensée critique collective : qui contesterait le bien-fondé d’électrifier l’entièreté du parc automobile, et d’éco-rénover nos logements par millions, puisque c’est pour sauver la Planète ?

Notre seule option : contre-performer

Paradoxalement, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique —qui n’est rien d’autre qu’une conséquence du productivisme—, on ne vous a toujours vanté les mérites que de ce qui est… à vendre. En généralisant le recours aux matériaux industriels d’origine naturelle, ou même au réemploi, ni la construction, ni la rénovation dites écologiques ne constituent une posture pertinente reproductible en ce qu’elles ne répondent pas aux enjeux de sobriété actuels.

Les mesures les plus efficaces que vous puissiez prendre directement pour l’environnement consistent à économiser votre argent, en adaptant votre mode de vie à la raréfaction des ressources, à laquelle l’Humanité devra se confronter inéluctablement. Une majorité d’entre vous plébisciterait déjà une approche décroissante de la rénovation, si le choix leur était laissé. Au terme de cet article, c’est de cette approche que j’espère, à mon tour, pouvoir faire la publicité.

Je suis un architecte qui se revendique d’une culture radicale baptisée paresse constructive. C’est un concept qui consiste, non pas à ne rien faire, mais plus précisément à réfléchir, à faire preuve de bon sens, et à distinguer nos envies de nos besoins, avant d’agir. J’ai éprouvé cette démarche depuis plusieurs années, et j’ai la conviction qu’elle seule permette de limiter autant que possible nos efforts, le gaspillage, et in fine d’épargner la Nature, tout à la fois.

Et j’entends bien donner forme à ce concept, en le déclinant de plusieurs manières : en le développant, et en l’illustrant, au travers des articles de ce blog ; en vous ouvrant les portes d’un forum qui vous permettra de passer vos projets au crible de la paresse constructive ; et enfin en vous dispensant mes conseils sur les situations de votre choix, au travers de ma pratique professionnelle quotidienne.

N’hésitez pas à vous abonner à ces différents médias, à parcourir ce site, si cette approche vous intéresse, ou à entrer en contact avec moi si vous souhaitez la mettre en débat. Contrairement aux opérateurs qui cherchent à vous motiver, voire à vous obliger à faire des travaux, je ne prétends pas vous apporter de solution toute faite. En mettant mon concept à votre disposition, j’ambitionne plutôt que vous vous l’appropriez, voire même que vous le fassiez évoluer…


Bibliographie de cet article :

  1. Papy Claude / Soigner L’Habitat. 2025, 9 février. Comment motiver les propriétaires à rénover leur logement ? [Vidéo] Youtube : https://youtube.com/shorts/NT9ozRthVIA?si=Q7tluqH7k9y541ZQ (Consulté le 13 avril 2025) ↩︎
  2. Je ne saurai d’ailleurs trop vous conseiller de vous en rendre compte par vous-même : https://www.ecosia.org/search?method=index&q=dons+pour+gaza ↩︎
  3. LEONARD L., 2025, 3 février. Échéances énergétiques : quelles obligations PEB selon votre région ? WeInvest. URL : https://weinvest.be/fr-BE/blog/b2c/peb-calendar-by-region (Consulté le 13 avril 2025). ↩︎
  4. Voir aussi l’article où je développe davantage cette réflexion, et intitulé Fin des primes à la rénovation en Wallonie : on va un peu se calmer ? URL : https://ateliersbdz.be/2025/03/27/fin-des-primes-a-la-renovation-en-wallonie-on-va-un-peu-se-calmer/ (Consulté le 13 avril 2025). ↩︎

Cet article vous a intéressé ?